Histoire de Thanh Thuy, ses vingt premières années

( L’histoire de Thuy  écrite par sa mère dans le courant des années 2000 et 2012 )

     
            » Le 23 février 2001, Thuy aura vingt et un ans …

           Il y a un peu plus de 20 ans, j’exerçais ma profession avec enthousiasme dans l’attente de la venue de mon troisième enfant que j’espérais ardemment être une fille.
Depuis un an, notre famille était dans l’impatience de l’arrivée de ce troisième bébé tant attendu, car après deux garçons bien portants, beaux et intelligents comme le sont tous les garçons pour leur maman, la vie semblait nous promettre d’autres félicités…
Le désir d’avoir une jolie petite fille m’avait poussée à suivre un régime alimentaire prescrit par un docteur de l’hôpital, lequel régime se doublait par ailleurs d’un frottement hormonal sur la poitrine afin d’augmenter les chances de donner naissance à une fille.
            Et c’était effectivement une fille, toute belle qui est venue au monde.  Dès son premier cri, son visage m’est devenu cher. Elle avait le même visage que son frère aîné, avait presque son poids et sa taille à la naissance et surtout un joli teint de pêche.

            Mais cet instant de parfait bonheur était fugace ; car presque aussitôt le médecin obstétricien est venu m’annoncer, l’air grave, avoir déceler chez l’enfant des signes de la Trisomie 21. Dans un immense brouillard, il me restait pourtant la force de lui demander :  » Que dois-je faire pour elle? »
            Le lendemain, mon mari était la seule personne à être mise au courant du verdict du médecin; mes proches étaient quelque peu étonnés de me trouver aussi lasse et mélancolique alors que la naissance était tant désirée. Mais était-ce simplement les fatigues de l’accouchement ?

             J’ai obtenu les coordonnées du service du Professeur Lejeune, spécialisé dans le traitement des maladies génétiques et qui avait mis en évidence le chromosome X 21 responsable de l’affection de la Trisomie 21, afin d’amener au plus tôt notre bébé en consultation.

              Durant le séjour à la maternité, notre couple vivait le calvaire, devant cacher notre épreuve à notre famille et à nos amis. Epreuve d’autant plus douloureuse face aux compliments sur la beauté rayonnante de notre petite Thuy alors que nous savions qu’elle ne serait jamais un enfant comme les autres.

               Mes beaux-parents étaient aux anges à l’annonce de la naissance de leur petite -fille. Mais ma belle-mère, qui a toujours été très fine observatrice, était déjà intriguée par la mollesse du port de sa tête et sa langue pointue. Par la suite ils ont été les premiers à être prévenus de l’affection.
Ils ont appris la nouvelle avec beaucoup de philosophie et d’amour. 
Cela nous a réconfortés .
                En revanche, nos deux garçons étaient tellement joyeux d’avoir enfin une petite sœur que nous ne pouvions nous résoudre à tempérer leur enthousiasme. De toute manière, leur jeune âge ne leur permettait pas de mesurer toutes les conséquences de l’affection qui frappait leur sœur. 
Et cela a duré plusieurs années. Ils ont vécu à côté de leur petite sœur ayant fréquemment des problèmes de santé, la supportant, la soutenant et plus tard, l’adorant sans jamais poser une seule question.

                Par la suite, j’ai souvent pensé aux causes probables de la maladie qui a frappé notre petite fille.
                 Il est vrai qu’étant la troisième enfant à venir, mes conditions physiques et psychiques étaient moins bonnes que lors de la conception de mes deux premiers.

                  S’agissant de mon premier enfant, j’étais au meilleur de ma forme; bien que diplômée chirurgien dentiste, je n’exerçais pas encore ma profession car je voulais me consacrer entièrement à l’éducation de mon enfant, tout du moins pendant ses premières années.

                   Durant ma grossesse, j’ai suivi scrupuleusement les conseils des pédiatres, en particulier ceux de l’ouvrage du docteur Laurence Pernoud, et ceux que me donnait ma belle-mère et qui étaient puisés dans la tradition vietnamienne. 
Que ce fût pour les régimes alimentaires, les apports de vitamines – en particulier le ginseng – ou les promenades relaxantes quotidiennes.

                   Chaque jour, j’alternais des séances de lecture ( souvent des aventures romancées des héros de l’histoire vietnamienne ou des romans de cape et d’épée chinois) et la promenade familiale régulière afin d’obtenir une grande harmonie et pour mon corps et pour mon esprit.

                    A la naissance, le pédiatre me félicitait de mettre au monde  » le plus beau bébé  » qu’il lui ait été donné de voir . Et bien que je le soupçonnais d’être aussi agréable avec toutes les nouvelles mamans, je le croyais volontiers car effectivement, le bébé était vraiment beau ! ! !

                    Notre deuxième garçon est venu quelque peu par surprise deux ans après; et non seulement me paraissait-il aussi beau que l’aîné, il devait se révéler être le plus perfectionniste.
                    Malgré des petits ennuis de santé communs aux enfants, les deux garçons évoluaient facilement et sont devenus deux enfants adorables.

                    Deux ans après la naissance de mon deuxième enfant, j’ai commencé à exercer mon métier.
Durant ces années, ma vie familiale et professionnelle connaissaient un rythme trépidant entre les hôpitaux, les dispensaires, mon cabinet dentaire, les occupations familiales, le suivi des enfants, les soutiens scolaires. 
A cela s’ajoutaient les épreuves et bouleversements que devaient connaître le Viet Nam et ma grande famille. 
Je me dépensais beaucoup et, très exigeante dans l’éducation des enfants, je n’étais plus au meilleur de la forme physique, ni psychique.

Suite

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Commentaires

  • Séverine  On 14 mars 2013 at 18 h 43 min

    …Thuy passait la couleur elle même et là j’étais émue car son geste lorsqu’elle prenait la peinture sur la palette et sa gestuelle lorsqu’elle déposait la couleur sur le support choisi me rappelaient des attitudes apprises en peinture ou calligraphie chinoise. Elle semblait caresser le papier et être très concentrée et sereine dans ces moments -là et me donnait la sensation que cet accompagnement était précieux pour elle. C’est un peu comme si un dialogue sans les mots s’instaurait, elle me parlait à travers son expression et je la comprenais …Il est impossible de quitter Thuy lorsque l’on ne peut plus être auprès d’elle …Thuy a de belles qualités, elle est attachante, il faut vouloir la découvrir et parfois même si c’est encore peu, je lui adresse une carte pour lui prouver qu’elle a toujours une place dans mon coeur même si je ne suis plus auprès d’elle. A chacun de faire un pas vers Thuy qui a la chance d’être entourée de l’Amour de sa famille!

  • méanne  On 24 août 2012 at 0 h 00 min

    Mai An et moi sommes très émues de lire ce texte et les oeuvres postées sur le site (très bien fait) nous éblouissent ! Bravo à Cô Thuy pour les magnifiques réalisations et on espère que tu continues à peindre !

  • Danielle Tuy  On 22 août 2012 at 9 h 14 min

    Chère Dung,
    Merci de nous avoir invité à visiter le site de Thuy. Je ne trouve pas de mots pour exprimer mon émotion devant ton récit si touchant ! je mesure l’ampleur du sacrifice et du dévouement de toute ta famille ! Encore Merci !
    Nous aurons encore l’occasion d’ y retourner et admirer ses chefs d’oeuvres. Thuy a vraiment du talent !.
    Affectueusement,
    Danielle Tuy

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